Musica Nuda au Château de Grignan
by on janvier 12, 2015 in News

141107musicanudagrignanjpn00021600x273__068398800_0822_09112014C’est déjà un envoûtement que de parcourir de nuit les ruelles de Grignan, puis de gravir les allées pavées qui mènent au château savamment éclairé.
La « Salle des galeries » tout en parquet et murs coffrés de bois est transformée, le temps du festival, en salle de concert. Les portraits des nobles ancêtres en guise de rideau de fond de scène apportent une touche solennelle à l’espace qui ne manque pas de nous faire sourire. Nous n’aurons qu’à bien nous tenir…
… Et c’est justement une gageure qu’on ne peut pas demander au duo Musica Nuda d’honorer.
Une attaque tout en douceur d’un standard aurait pu nous laisser imaginer le contraire, d’autant que Ferruccio Spinetti, récemment « estro pied » doit être soutenu par une chaise haute. Petra Magoni, de noir vêtue, une collerette de plumes assortie à ses yeux clairs s’avance sagement.
Les premiers morceaux nous offrent de découvrir l’harmonie des contrastes que forme la profondeur de la contrebasse de Ferruccio avec la limpidité de la voix de Petra. L’acoustique est bonne, le public reste éclairé : tout s’entend et tout se voit.
Ensuite, nous serons transportés, entre reprises trilingues totalement singulières comme cette interprétation de ce titre des Beatles All the lonely people dont Mac Cartney et Lennon n’auraient pas à rougir, cette version presque animale de Caruzzo ou encore celle plus humoristique de z’avez pas vu Mirza ? de Nino Ferrer et des compositions originales de Ferruccio comme Leï colorerà, La carga erotica, le duo corde vocali, qui, si on l’aime, démontrent, en dehors d’une technique très maîtrisée, tout ce que le duo possède d’italianité : Ces sonorités inimitables rauques et chaudes de la voix, cette exubérance caractéristique, cette légèreté (insoutenable ?) de l’être qui se traduit par un humour à toute épreuve. L’épreuve, ce soir-là prend la forme d’un problème technique, après (Tiens, tiens !) la charge érotique de Ferrucio privant les auditeurs de gauche d’amplification. Cet entracte imposé donne au duo l’opportunité de combler le temps et l’espace par la narration plutôt hilarante d’anecdotes personnelles et par là même de nous assurer de l’expression de son infaillible complicité.
N’omettons surtout pas d’évoquer ce morceau de choix, une improvisation impressionnante sur le thème d’Amazing grace et Natural boy que le duo décline à l’infini depuis sa création comme le titre emblématique de sa communion, qui laisse le public subjugué. Notons que cette infinité, il la doit aussi à l’intervention invisible mais irremplaçable de leur troisième complice, Alessio Lotti, leur ingénieur du son, seul maître des effets spéciaux.
Tout au long du concert, Ferruccio puise de son amie cordée tout ce qu’entre cordes, caisse et archet elle peut produire de sonorités ; telle la marionnette animée par le marionnettiste, on ne distingue plus vraiment qui interprète les traits de l’autre.
Pour Petra, chaque morceau est une démonstration d’une facette impressionnante de sa voix comme de sa personnalité, comme si elle pouvait être possédée par quelques muses de l’extrême (J’ai au moins pensé à Nina Hagen, Liza Minelli, et La Callas n’ayant, honte à moi, aucune référence italienne).
En bref, le duo, fidèle à la réputation de séducteur irrésistible qui précède tout ressortissant italien, a conquis ou reconquis l’ensemble de l’auditoire.
« Bluffé », pourrais-je dire, en attribuant à ce qualificatif employé aujourd’hui tout ce qu’il sous-entend d’admiration mais aussi pour ne pas l’occulter, d’ambivalence ; en effet, d’aucuns (je les ai rencontrés) opposent à l’enthousiasme éprouvé par la majorité qu’en dépit d’une incontestable qualité technique , la proposition de « Musica Nuda » ne reflète en rien le dénuement que peut susciter son nom et qu’à l’inverse, la théâtralisation du concert par le recours à des artifices courants qui garantissent un impact favorable sur le public, empêche d’y trouver l’authenticité fragile espérée qu’il suggère.
Perqué no ? Si et seulement si on admet que notre expectative lors d’un concert ou devant toute autre œuvre artistique est d’être touchés au plus profond de nous-mêmes, espérance tout à fait fondée et qui vient alimenter ce débat infini sur la fonction essentielle de l’Art, son fond ,ses formes.
Il s’agit peut-être d’envisager que l’un n’exclut pas l’autre et de se réjouir au-delà de tout, qu’on les comprenne ou pas, de la pluralité des intentions et de ce qu’il en découle de modestement ou génialement constitutif, tout comme chacun de nous, d’un univers heureusement disparate.
C’est aussi, n’est-ce pas ce qui fait que « La vita è bella ! ».

Véronique Garnier & photo Jean-Paul Nallatamby

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